Épuisement parental
Épuisement parental : sortir du silence et de la culpabilité
Annelise Cobo
·

Il y a des mots qu’on n’ose pas dire à voix haute. Celui-là en fait partie.
Je suis épuisé·e d’être parent.
Pas épuisé(e) en passant, le soir après une journée chargée. Épuisé(e) en profondeur. Vidé·e. Avec parfois l’impression de ne plus rien ressentir pour ses enfants, ou pire, de ressentir de l’irritation, de la distance, voire de la colère là où on voudrait trouver de la tendresse.
Et aussitôt, la honte. La culpabilité qui s’installe. Comment est-ce que je peux ressentir ça ? Qu’est-ce que ça dit de moi en tant que parent ?
Le burn-out parental est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Avant d’ouvrir mon cabinet, j’ai eu la chance de contribuer à l’une des premières études menées sur ce phénomène, à une époque où on en parlait encore très peu. C’est cette expérience de recherche qui a forgé ma conviction : ce phénomène est bien réel, bien plus répandu qu’on ne le croit, et il mérite d’être pris au sérieux.
Ce que c’est, vraiment
Le burn-out parental, ce n’est pas un manque d’amour. Ce n’est pas non plus une défaillance de caractère. C’est l’effet d’un épuisement prolongé, souvent construit sur des années de surinvestissement, d’exigences élevées envers soi-même, de manque de soutien ou de relâche.
On le voit souvent chez des parents très impliqués, très consciencieux, des parents qui veulent bien faire, qui se donnent beaucoup. Et c’est précisément là que réside le paradoxe : ceux qui donnent le plus sont souvent ceux qui s’effondrent le plus fort.
Les symptômes sont proches de ceux du burn-out professionnel : épuisement intense, sentiment de distanciation émotionnelle avec ses enfants, perte du sentiment de compétence parentale, voire une saturation qui peut prendre des formes difficiles à avouer, des pensées d’évasion, l’envie de tout lâcher, une relation à ses enfants qui devient mécanique, administrée, sans plaisir.
Le silence qui aggrave tout
Ce qui m’a frappée dès mes premières rencontres cliniques, c’est l’étendue du silence autour de ce sujet.
Les parents qui en souffrent n’en parlent pas, ou très peu, parce que la parentalité reste un terrain où l’injonction à l’amour inconditionnel est extrêmement forte. Dire qu’on n’en peut plus de ses enfants, c’est risquer d’être jugé·e, incompris·e, voire de voir ses compétences parentales remises en question.
Alors on se tait. On continue. On gère.
Et le silence, dans ce cas, est un terreau fertile pour la culpabilité. La culpabilité qui ronge, qui épuise encore davantage, qui boucle sur elle-même.
Parler de ce qu’on vit, que ce soit en consultation individuelle ou dans un groupe de parole, c’est souvent la première chose qui permet de desserrer l’étau. Pas parce que ça résout tout d’un coup. Mais parce que mettre des mots sur ce qu’on ressent, devant quelqu’un qui ne juge pas, ça change quelque chose à la façon dont on porte la chose.
Ce qu’on peut faire
Le burn-out parental ne se règle pas à coups de « prends soin de toi » ou de « prends une soirée pour toi ». Ces conseils, bien intentionnés, passent à côté de la profondeur de l’épuisement.
Ce dont a besoin la personne en burn-out parental, c’est d’abord d’être reconnue dans ce qu’elle vit. Ensuite, de comprendre les mécanismes qui l’ont menée là. Puis de travailler sur ses représentations du rôle parental, souvent très exigeantes, et d’identifier les ressources et les ajustements possibles dans sa situation concrète.
Dans un accompagnement, on peut travailler à :
Identifier les schémas de pensée qui alimentent l’épuisement (perfectionnisme, culpabilité chronique, difficulté à demander de l’aide)
Réintroduire une forme de distance saine avec les exigences parentales
Reconstruire un rapport à soi et à ses besoins propres
Trouver des appuis concrets dans l’environnement familial et social
Et pour celles et ceux qui souhaitent un espace collectif, le groupe de parole autour du burn-out parental offre quelque chose de précieux : la rencontre avec d’autres parents qui vivent la même chose, sans honte, sans jugement. Souvent, c’est là que la culpabilité commence vraiment à se dénouer.
Ce que je voudrais vous dire
Si vous vous reconnaissez dans ce que j’ai décrit, même partiellement, même avec des doutes sur si « c’est vraiment ça », sachez que vous n’êtes pas un mauvais parent. Vous êtes un parent épuisé. Et de ça, on peut sortir.
Vous méritez d’être accompagné(e) avec autant de soin que vous en mettez à accompagner vos enfants.